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Le Dart est gréé au bord de l'eau, la
brise thermique se lève et les voiles fasseillent
doucement au soleil. Maurice lisse en arrière
ses cheveux mouillés et les cercle de ses Ray
Ban seventies . Beau comme Henri Lecomte, il rentre
le ventre et glisse le peigne dans son maillot Léopard.
Longtemps il avait hésité avec le string
pailleté acheté la veille dans cette petite
boutique de la corniche où la vendeuse avait
chaleureusement flatté le galbe de ses fesses.
Mais Maurice se veut réservé et voit dans
ce Léopard taille basse un subtile mélange
d'élégance et de séduction. Il
arpente la plage dans un rayon raisonnable qui ne puisse
rompre l'évidence de sa relation avec l'impatient
voilier. Allongée sur une natte de paille, la
trentaine fleurissante, entre son père à
droite, la bedaine imposante et flasque, feignant de
lire le Daily Mirror alors que son regard passe au-dessus
de ses demi-lunes à l'affût de la moindre
évolution de gazelles estivales, et sa mère
à gauche, plongée dans la tourmente des
relations pluri-amoureuses d'un foot-balleur musicien
avec l'ex-sdf gagnante de la starac du porno et de son
équipe de tournage dans un "Voici-Voilà"
importé clandestinement sur cette plage Britannique.
Les yeux clos, elle est à mi-cuisson, Maurice
s'approche et la couvre à moitié de son
ombre. Le différentiel de température
suscite la curiosité de l'ingénue qui
peine à ouvrir ses paupières collées
au mascarat. Maurice est sûr de son fait, il est
Jean Paul dans "l'homme de Rio" et accompagne
d'une gestuelle Belmondienne sa tirade Dartagnesque:
"Toc, toc, toc, je m'présente, Maurice,
mais appelez moi tout simplement Maur, la beauté
s'est posée sur vous comme un pétale de
rose un matin de printemps dans un bain au jasmin, permettez
que je jette à vos pieds quatre générations
de marins cap horniers, arrière petit fils de
Surcouf par l'entre mise d'une servante tahitienne,
ma vie n'avait de sens jusqu'à ce jour divin,
ne faites plus attendre mon voilier impatient, partons
voguer ensemble au delà de la raison..."
extirpés de leurs activités par la voix
Belmondeuse, le gros et la grosse se détournent
vers Maurice-Bébel qui prolonge: "Madame
votre mère, I presume, permettez que je baise
votre main et prenne votre infante princesse" ....
éraillant sa voix et tordant sa bouche notre
caméléon des plages esquisse en mélodie
approchante : "vous permettez, Monsieur, que j'empreinte
votre fi-i-i-lle..." puis d'un geste magnifique,
tel un chevalier Blanc, il enlève Josiane, ah!
oui, elle se prénomme Josiane.
En quelques instants il revêt Josiane d'une exquise
combi-sèche, l'harnache d'une ceinture de trapèze,
pose le tout sur le trampoline, tire d'un bras sur la
poutre, et saute sur le bateau qui glisse maintenant
l'eau. La maîtrise de Maurice trouble et conforte
Josiane quelque peu empreintée au milieu du trampo.
Le ton se fait plus familier: "t'inquiète
Josy, Momo va t'apprendre". L'équipage s'amarine
en quelques minutes et Maurice insidieusement lance:
"tiens, c'est le départ d'une régate,
on y va? t'inquiète c'est juste une manche d'entraînement
du Mondial qui commence demain". Josiane n'ose
pas contredire son chevalier autoritaire, elle ne connaît
rien au cheval. Maurice se lance dans la bataille, multiplie
les croisements au ras des safrans, les tribords tonitruants,
et les bouées au cordeau. Josiane est impressionnée,
Maurice la pense admirative. La manche se termine, Maurice
se prépare à un nouveau départ.
Josiane demande "rentre-t-on maintenant Maurice?"
" oh! ben non , il y a une seconde manche."
"et ce sera long?" "ben, comme l'autre,
une bonne heure". Josiane ne dis plus un mot, ne
bouge plus, se recroqueville, pince ses lèvres,
jusqu'à ce: "j'en peux plus Maurice , j'ai
envie..." Dans le petit cerveau de Maurice les
voyants se sont mis au rouge, "elle n'en peut plus,
elle est folle de moi..." l'état d'alerte
est déclenché, les hormones descendent
raviver la braise du matin, le coq bombe le torse, le
taureau gratte du sabot, le lion s'apprête à
rugir....il tente de maîtriser son rythme cardiaque,
affiche le sourire d'Humphrey Bogart... quand un cri
strident jaillit du plus profond de Josiane:
" PIPI
!!! "
Un seau de réalisme se déverse sur la
tête du marin, l'arche de Noé a pris l'eau,
les hormones regagnent leurs couchettes, Maurice dissimule
mal une crispassions sur ses joues et reprend: "c'est
rien je vais t'expliquer". Pour respecter l'intimité
de son équipière, il s'éloigne
de ses confrères mais marmonne intérieurement:
"j'espère qu'elle ne va pas me faire raté
le départ la pisseuse" "Plus loin,
plus loin!..." invective Josiane. "Là,
ça ira?" s'impatiente Maurice. " maintenant
tu enlèves ta ceinture et retires ta combi..."
"retourne toi alors!".Le bateau à la
cape, Maurice regarde au loin avec angoisse les bateaux
qui se rassemblent. "Tu t'assoies sur la poutre
avant, les pieds sur le trampoline, les fesses au dessus
de l'eau, tu te tiens d'une main au mât , de l'autre
à la contre écoute et tu te détends".
C'est à ce moment que Maurice voit son copain
René foncer pour venir aux nouvelles (c'est ça
la solidarité des gens de mer et des dartistes
en particulier). Dans un espéranto du langage
des signes qu'il masque à son équipière,
Maurice tente de chasser l'intrus tout en contenant
un fou rire. Il n'y a qu'en croisant le regard ulcéré
de Josiane que René comprendra sa bévue.Tourné
vers le port de l'angoisse, Maurice guette à
la surface de l'eau les traces de la délivrance.
"Cà y est!" comme un cri d'enfant enjoué,
Josiane retrouve son enthousiasme et la bonne humeur
regagne le bord.
Sur le chemin du retour devisant sur l'inégalité
des sexes face à la situation vécue, Maurice
se garda bien d'évoquer à Josiane qu'il
est parfois difficile d'extirper l'oiseau du nid à
force de contorsions multiples au risque de se prendre
le nez dans la glissière. En une après-midi
et un pipi, Maurice aura convaincu Josiane de courir
le Mondial avec lui. Ainsi naissent des équipages
et des complicités.

Vue par
HLM PINKY
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