Comment règles-tu
ton bateau à terre? (Quête, tension de
gréement tension de lattes)
Pierre VIDAL : Pour moi,
le Dart solo est un bateau très différent
du Dart double et je choisis des réglages de
gréement très différents.
Ma première considération est qu'en solitaire,
je suis proportionnellement plus léger par rapport
à la surface de voilure qu'en double : la suppression
de 3 m2 de foc par rapport aux 16 m2 de GV + foc ne
compense pas la perte de l'équipier, même
si celui-ci n'est pas bien lourd (je vous laisse faire
le calcul !). Il faut donc adopter un réglage
qui diminue la puissance de la voile, c'est-à-dire
beaucoup de quête. Je rejoins ainsi les réglages
des équipages légers. Attention quand
même, si on met trop de quête, les poulies
du palan de GV viennent en contact avant que la voile
soit bordée : si on a un repère "force
0", il faut pouvoir encore border plus d'un mètre
d'écoute.
Ma seconde considération est que j'aurai du mal
à faire du grand largue, puisque le foc ne sera
plus là pour recoller les filets d'air derrière
la GV. Il faut donc que je puisse choquer davantage
la GV, et pour cela je mets un gréement très
mou : le hauban sous le vent se détend beaucoup
et permet à la GV qui s'appuie dessus d'aller
plus loin vers l'avant. L'inconvénient de ce
réglage est que le mât bouge beaucoup,
par exemple s'il y a du clapot et peu de vent pour appuyer
la voile. Je suis donc quelquefois obligé d'aller
appuyer sur le hauban sous le vent pour empêcher
les ballottements qui perturbent le fonctionnement de
la voile. Il y a le même problème à
la cape, où la voile choquée ne retient
pas le mât: j'essaie quand même de tendre
le gréement en choquant le chariot plutôt
que l'écoute de GV, ou bien j'utilise l'écoute
de foc pour retendre le hauban sous le vent. Enfin,
j'essaie de ne pas oublier de vérifier le bout
de réglage de l'étai, et de changer plus
fréquemment le haubanage qui est usé par
les à-coups du mât.
François MORISSET :
Pour la quête, j'aime les bateaux neutres. Donc
environ 10cm en avant de la poutre arrière par
médium et environ 10 cm en arrière par
vent fort.
En fait, tout dépend du poids et de la taille
de la personne au bout du câble ! Pour ma part,
j'aime pouvoir contrôler la tension de chute sans
trop aplatir, notamment lorsque le bateau est à
la limite de monter sur une patte au près.
Pour la tension de gréement, c'est moyennement
mais suffisamment pour que le mât puisse se tourner
au maximum au portant et pas trop pour que le gréement
bouge.
Pour les lattes, une tension moyenne est suffisante,
éventuellement, on peut ne pas les mettre sous
tension dans la brise. Mais comme la jauge ne nous permet
pas de les modifier ou de les changer, ne nous encombrons
pas l'esprit, c'est ce qui fait la force de la série
!
Réglage de cunningham
P.V. : Toujours parce
que je considère que je suis un "équipage
léger", je tends beaucoup le cunningham
pour diminuer la puissance de la voile.
F.M. : Il est très
important. L'idéal serait de pouvoir le modifier
à chaque variation de la force du vent ou de
la vitesse du bateau. Malheureusement, en solitaire,
l'accastillage n'est pas spécialement adapté
(tant pis pour ceux qui aimeraient une usine à
gaz).
Il faut donc se contenter de réglages moyens,
le principe de base étant : voile creuse = puissance
= beaucoup de traînées aérodynamiques,
symptôme classique : le bateau fait l'ascenseur,
on brasse beaucoup d'écoute, et le bateau n'accélère
pas.
Voile plate: le moteur est collé à l'eau
on décroche très vite.
Aussi, n'est-il pas étonnant qu'à un ou
deux brins selon la méthode, sa tension au près
dans la brise soit : "autant que votre force vous
le permet".
Pour l'astuce, mettez-vous à la cape, chariot
lâché à fond, et bordez le palan,
puis précipitez-vous au pied de mât et
allez-y franco !
Pour le médium, je me contente d'effacer les
plis de tension de la G.V.
La conduite au près
est-elle la même qu'en double ? (équilibre
longitudinal, barre, absence des pennons de foc)
P.V. : L'absence de foc
et donc des pennons qui permettent d'ajuster son cap
est gênante lorsqu'il n'y a pas assez de vent
pour sortir au trapèze : il faut alors lever
les yeux très haut pour regarder le pennon supérieur
de la GV. Par contre, quand je suis au trapèze,
je vois facilement les pennons de GV, j'ai aussi une
meilleure sensation des accélérations
et des prises de gîte et je ne trouve pas la conduite
plus difficile qu'en double.
Lorsque le vent est plus fort et qu'il faut réguler
à l'écoute, c'est à la fois plus
facile parce que je peux border avec les jambes, mais
un peu plus compliqué parce que je n'arrive pas
à me débarrasser aussi facilement du mou
de l'écoute sur le bateau : je me retrouve souvent
avec beaucoup de tours d'écoute autour de la
main ! L'autre problème par vent fort est le
réglage du chariot d'écoute de GV : je
suis obligé de le régler à priori
avant de monter au trapèze car je n'ai pas trouvé
de solution pour le régler depuis le trapèze.
Or il est important de lâcher du chariot pour
pouvoir border davantage l'écoute, pour avancer
plus vite, moins faire "l'ascenseur" et virer
de bord.
Un autre point à surveiller est la cavitation
des safrans. En effet, comme on est plus léger,
le bateau s'enfonce moins, et le safran est moins immergé.
Si on s'avance trop, on retrouve le même phénomène
que celui rencontré au petit largue ou au grand
largue en double, c'est-à-dire que de l'air s'insère
entre le safran et l'eau, et le safran perd toute efficacité
et freine le bateau. De toutes façons, je ne
m'avance pas trop sur le bateau, sauf par tout petit
temps : dès que je suis au trapèze, je
cherche une position longitudinale dans laquelle je
n'ai pas trop à tirer sur la barre ; quand le
bateau accélère, je me recule pour garder
cet équilibre ; s'il y a des vagues, je m'avance
un peu plus pour que le bateau n'abatte pas trop à
chaque passage de crête, et ainsi de suite.
F.M. : Effectivement,
on oublie les pennons. Par contre, on gagne beaucoup
en facilités d'évolution. En effet, le
bateau est moins "camion". Pour ma part, j'adapte
sans cesse le réglage de la GV car on barre essentiellement
avec la GV au près. De même, à chaque
vague, on peut reculer puis avancer en souplesse, sans
secouer le prunier. Le rapport poids/couple de rappel
étant supérieur au double, le bateau est
plus vif, tape moins la vague : résultat, le
bateau se barre à deux doigts ou bien il faut
changer quelque chose ! Donc pas d'écoute au
taquet.
Comment faire pour qu'au
trapèze l'écoute ne traîne pas dans
l'eau ? Pour ne pas lâcher le stick lorsqu'on
remonte l'écoute, pour ne pas se retrouver face
au vent quand on rattrape le stick, etc... ?
F.M. : Pour le mou de
l'écoute, je ne garde que 50 cm au plus avec
moi, le reste ne touche jamais l'eau et est systématiquement
lancé sur le trampoline. Au besoin, je la bloque
avec l'index de la main tenant la barre. Pour le reste,
il suffit de border d'une main et de ne jamais lâcher
la barre ! C'est pourtant simple, non ?
Technique de virement dans
le petit temps puis dans le gros temps ?
P.V. : Pour le virement
de bord, il faut respecter les mêmes règles
qu'en double, peut-être seulement mieux les respecter:
bien border la GV pour commencer le virement, la choquer
un peu pour repartir sur l'autre amure.
Par tout petit temps, on peut avoir du mal à
finir le virement, et le vent n'est pas assez fort pour
faire reculer le bateau : dans ce cas, j'accompagne
le virement en tirant la GV au vent par le point d'écoute
(le haut du palan) au fur et à mesure que le
bateau tourne, pour qu'elle continue à porter
et à appuyer le mouvement; elle se trouve naturellement
choquée lorsque le virement est fini, et le bateau
n'a pas tendance à revenir se mettre face au
vent.
Quand il y a assez de vent pour être au trapèze,
je garde la GV bien bordée, exceptionnellement
je la mets au taquet et je rentre du trapèze
en poussant la barre : ainsi, je bénéficie
d'une voile bien bordée pour commencer le virement
et le bateau ne se met pas à gîter quand
je rentre du trapèze. Ensuite, il faut enchaîner
rapidement les gestes : se décrocher du trapèze,
aller vers le milieu et l'arrière du bateau,
choquer l'écoute, changer la barre de main (je
le fais aussi parfois dans l'autre ordre : changer de
main d'abord puis choquer l'écoute, si j'ai été
assez rapide pour rentrer), passer de l'autre côté
du bateau. Je crois qu'on va assez naturellement vers
l'arrière du bateau en rentrant du trapèze,
ce qui aide à tourner en sortant les étraves
de l'eau. S'il y a du clapot ou plus de vent, l'inertie
du bateau est insuffisante pour faire tout le virement
en marche avant, et il faut se résigner à
inverser les safrans pour une petite marche arrière.
J'ai l'impression que cela se produit plus souvent en
solitaire qu'en double.
Même quand il y a beaucoup de vent, il faut absolument
border la voile pour virer, et cela veut dire qu'il
faut absolument savoir virer depuis le trapèze.
F.M. : Le principe de
base est que la grand voile se met toujours dans l'axe
du vent. Il ne reste donc plus qu'à faire pivoter
la coque autour de cette constante. Il est donc logique
que pour passer d'un bord à l'autre en virant,
la grand voile doit être le plus près possible
de l'axe du vent, donc bien bordée. Il est tout
à fait possible de virer, quelle que soit la
force du vent et quelle que soit la vitesse du bateau.
Par exemple, vous êtes à la cape, et vous
vous rapprochez d'un bateau sur l'autre amure ou d'un
obstacle quelconque : il suffit de bien border la GV
et le tour est joué. L'erreur classique du débutant
étant d'envoyer l'équipier à l'étrave
pour parer le choc. Le principal gouvernail du bateau
n'est pas la barre mais bien la G.V.
Pour l'anecdote, je me souviens d'un manège étrange
auquel se livrait, et peut-être toujours d'ailleurs,
un dartiste dans le tout petit port de Riva del Garda
au nord du lac de Garde en Italie (où tout bon
voileux devrait faire un pèlerinage dans sa vie).
Il fonçait droit sur les jetées et les
autres bateaux et entamait ses manoeuvres à moins
d'un mètre des blocs de pierre : ce n'était
pas uniquement sa forme de carène, mais surtout
le fait que le barreur maintenait sa GV dans l'axe pendant
toute la phase du lof et laissait filer son écoute
de GV pour qu'en une seconde elle se retrouve à
90° de l'axe du bateau pour abattre à 90°
de l'axe du vent ! En effet, si l'on ne choque pas sa
GV en sortie de virement, le bateau restera automatiquement
proche de l'axe du vent sur l'autre amure. Pour ceux
qui aiment les chiffres cela peut aller de 10 cm pour
les experts du trapèze dans le vent, à
50 cm en moyenne dans le médium, voire plusieurs
mètres pour ceux qui font une belle marche arrière
afin de mettre le bateau en travers du vent. Dans ce
cas, il faut inverser les safrans et ouvrir sa GV le
plus possible, en poussant fort au niveau du point d'écoute.
De manière générale, on ne doit
plus choquer la GV en solo après le virement
qu'en double. En effet, si l'on reborde avant que le
bateau n'ait pris de la vitesse, et donc un écoulement
laminaire de l'eau le long de la coque et des safrans,
le bateau reloffe et ne démarre pas : la barre
est dure, car en travers. Choquez la GV et tout rentrera
dans l'ordre.
|