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le 04/07/2008 Le Dart Actualités Galeries photos Forum Contacts

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Le Dart solo, techniques et stratégies 2e partie

Pour quelles raisons un solo fait-il plus de cap qu'un double ?
Pierre VIDAL : Je n'ai pas fait de savantes études sur le sujet. Je pense que le foc limite l'angle de remontée au vent parce qu'il dévente avant la GV. Peut-être aussi l'allégement du bateau permet de naviguer avec moins de puissance et donc un angle d'incidence du vent sur la voile plus faible.
François MORISSET : Dans l'absolu, le double pourrait en faire autant, mais le foc déventerait et donc ne serait pas au maximum de ses performances. Or le gain de poids d'un équipier est maximum quand on fait moins de cap qu'en solo.
Mais pour moi il n'y a pas de règle, à chacun de naviguer selon son feeling, il m'arrive de croiser des doubles faisant plus de cap que moi, et parfois, c'est l'inverse.

Cela influe-t-il sur la tactique en régate mixtes ?
P.V. : Le Dart solo a en effet des performances différentes d'un Dart en double, et il faut en tenir compte dans la tactique de régate. Par vent faible à moyen, un Dart solo va plus vite au près, c'est-à-dire qu'il peut faire plus de cap à la même vitesse ou aller plus vite avec le même cap; en revanche, il va moins vite au petit largue ou au grand largue. Il faut donc profiter du premier bord de près pour arriver en tête à la bouée au vent et résister ensuite au retour des doubles. Lorsque le parcours comporte davantage de bords de près que de bords de portant, il y a un petit avantage pour le solo; avec les nouveaux parcours qui se terminent sous le vent, la course reste équilibrée. Lorsque le vent est fort, et plus encore lorsqu'il y a de la mer ou du clapot, le Dart solo manque de puissance et dérive davantage. Il est important de conserver de la vitesse plutôt que de vouloir faire du cap.
Le problème le plus important en régate mixte est que le réglage du Dart solo est plus "pointu" que celui du Dart double : en effet, le foc régularise l'écoulement de l'air derrière la GV et évite que celle-ci ne "décroche" à la moindre variation de direction du vent. Par conséquent, lorsqu'on se trouve dans un vent perturbé, par exemple dans le dévent d'un concurrent, on aura le plus grand mal à bien faire marcher un Dart solo. Il faut donc se dégager pour trouver du vent "clair", en virant de bord au près, en montant franchement au vent lors des bords de petit largue.
F.M. : Aussi, l'approche est à mes yeux la même. Les règles communes à tous : du vent frais, et des enroulements à la bouée sous le vent parfois.

L'absence de foc ralentit la mise en action du Dart solo, faut-il adapter sa technique de départ ?
P.V. : Le départ est très important en Dart solo, parce qu'il faut impérativement se dégager pour profiter de la performance supérieure au près : si on est déventé, on perd encore davantage qu'en double, et il faut absolument prendre de l'avance au près pour ne pas être bloqué au portant. On a l'avantage de pouvoir faire plus de cap qu'un double, il peut donc être plus intéressant de se placer au vent de ses adversaires. Par contre, les manoeuvres arrêt départ sont plus difficiles : on n'a pas de foc pour s'arrêter rapidement, on ne peut que lofer, mais on n'a pas non plus de foc pour faire abattre le bateau sans vitesse et on peut très facilement se retrouver coincé face au vent. J'essaie donc d'éviter les zones "d'embouteillage" sur la ligne de départ, d'où le Dart solo se sortira plus mal que les doubles, et de trouver des endroits plus dégagés où je pourrai toujours maintenir une vitesse suffisante pour manoeuvrer. Je ne fais pas immédiatement du cap non plus, car si on borde la GV alors que le bateau ne va pas assez vite, il va irrésistiblement se mettre face au vent, et l'effort pour le retenir à la barre ne fera que le ralentir davantage. Je me mets bien en arrière juste avant le départ pour que le bateau ne soit pas trop ardent lorsque je vais border pour démarrer.
F.M. : Effectivement, en solo, dès que l'on borde, on se retrouve face au vent ! Il faut donc suffisamment mettre le bateau en travers pour accrocher et démarrer. Ceci étant les règles sont les mêmes. Un point cependant, il faut plus anticiper, border plus tôt, plus éviter les dévents. Pour ce faire, un excellent exercice est de partir sans chronomètre et de simplement démarrer en observant ses adversaires. Ne vous laissez pas couvrir, et essayez de vous faire un "trou" dessous et défendez-le farouchement ! Il est indispensable pour lancer le bateau.

As-tu une technique particulière pour viser les bouées ?
P.V. : C'est un point particulièrement délicat que je n'ai pas bien résolu : lorsqu'il faut se retourner au trapèze pour voir la bouée et ajuster le virement de bord sur la "lay-line". D'ailleurs, je me demande comment font les équipiers en double ! Alors qu'il est facile de tourner le torse et la tête quand je suis assis sur le caisson, quand je suis au trapèze, il faut d'abord que je me relève pour pouvoir me retourner, souvent il faut encore plier les jambes pour arriver à voir quelque chose derrière moi. Résultat, le bateau gîte, ou bien je loffe inconsciemment et le coup d'oeil en arrière se traduit le plus souvent par quelques longueurs perdues. S'il y a d'autres bateaux devant, j'essaie de prendre des repères par rapport à eux pour ne pas avoir à me retourner trop souvent. Souvent aussi, la tactique par rapport aux concurrents me permet de choisir quand manoeuvrer : virer avant eux si j'ai l'impression qu'on n'est pas loin du bord du cadre, ou bien le marquage si je suis devant.
F.M. : Le Dart 18 est un bateau qui a une plage de compromis cap/vitesse très large (notamment dû à un plan antidérive intégré à la coque). Aussi, il n'y a pas de réelles "lay lines" ou bord du cadre aussi marquées que dans les séries à dérives, et chacun vire selon ses convictions.
Pour ma part, je vire lorsque la bouée est par le travers (90°) du bateau avec une petite marge supplémentaire. Donc, dans l'alignement des poutres. Je fais cette estimation, que je sois sur le pont ou au trapèze, en me retournant par l'arrière du bateau : tant que la bouée n'apparaît pas, c'est que "ça ne le fait pas". Attention, cette technique ne marche pas avec les personnes qui ont un cou de hibou.

On dit souvent que l'allure la plus délicate est le petit largue !
P.V. : Le petit largue pose deux types de problèmes : la difficulté de bien régler la GV d'une part, la difficulté de tout faire depuis le trapèze quand il y a du vent d'autre part.
Au petit largue, on doit normalement faire un cap constant vers la prochaine bouée et régler les voiles en fonction des variations du vent apparent. Le réglage d'un Dart solo est rendu plus "pointu" par l'absence du foc, car ce dernier, en créant un effet de fente avec la GV, régularise l'écoulement de l'air autour des voiles et autorise davantage d'imprécision pour l'angle entre le vent apparent et la voile. Sur le bord de petit largue, où il y a de grandes variations du vent apparent, je pense qu'on est plus souvent mal réglé en solo qu'en double, et on perd donc plus souvent de la vitesse. En plus, comme on n'a que les pennons de GV qui ne sont pas dans le champ de vision du barreur qui regarde la prochaine bouée, il est plus facile de se laisser surprendre par les variations du vent. Personnellement, c'est ce bord de petit largue que je trouve le plus difficile en solo. Le Dart solo est aussi gêné au grand largue, mais la conduite peut toujours se faire avec la faveur sous l'étai et ne me paraît pas plus difficile qu'en double, alors qu'au petit largue, j'ai toujours l'impression d'avoir raté la risée.
Quand il y a plus de vent, le problème se pose de rester au trapèze ou pas. Pour moi, la plus grande difficulté vient du réglage de l'écoute de GV, parce que les tours autour de la main ne suffisent plus toujours à ranger le mou, et que bien souvent l'écoute finit par partir à l'eau. C'est pourquoi il m'arrive souvent, surtout s'il y a des vagues ou si le vent est irrégulier, de préférer rester assis sur le caisson en choquant davantage de chariot d'écoute : je vais moins vite en vitesse de pointe, mais je suis moins dérangé et je vais vite plus longtemps.
F.M. : En effet, l'absence de foc rend le réglage de la voile plus pointu qu'en double. Cela est dû au fait que le vent apparent est très écarté par rapport à l'axe du vent réel : les amplitudes de réglage sont donc plus grandes (écoute et barre) pour garder sa vitesse, donc son vent apparent. Une GV trop bordée en fin de risée, c'est 100% de la puissance vélique qui décroche, le bateau perdra instantanément sa vitesse, donc son vent apparent.

Au grand largue, les "solo" perdent-ils toujours ce qu'ils ont gagné au près ?
P.V. : Au grand largue, le Dart solo va un peu moins vite que les doubles, mais la différence n'est pas très grande. J'arrive souvent à abattre autant en solo, surtout s'il y a un peu de vagues pour pousser le bateau. Je dois quand même rester très attentif, car en cas d'erreur le solo retrouve moins vite sa vitesse et il faut beaucoup lofer pour la retrouver. J'essaie aussi de ne pas me trouver dans le dévent des bateaux qui me rattrapent, car c'est plus difficile de maintenir sa vitesse dans le dévent en solo qu'en double. Sur un bord de vent arrière, j'arrive le plus souvent à rester dégagé en empannant.
F.M. : Malheureusement très souvent. Le rôle du foc est primordial pour démarrer en surf sur les vagues, et c'est souvent la petite pichenette qui manque en solo.
A priori, la navigation en Bootherie * ne compense pas non plus. La solution la moins pire est à priori de réduire l'incidence du manque de vent apparent en descendant plus vent arrière qu'en double.

[ Bootherie = Navigation sur une coque au grand largue.
L'objectif est d'exploiter le potentiel d'accélération du vent apparent en lofant et en réduisant la surface mouillée. Mitch Booth ayant révélé cette technique lors du Championnat du Monde de Tornado (qu'il gagna) en 1989 à Houston (Texas), on parla alors de "bootheries" (bousseri). Les Anglo-saxons parlent de "the wild thing" (la chose sauvage) du fait des très nombreux "toits" que cela occasionne. Le bénéfice est d'autant plus grand qu'il y a des possibilités de partir en surf sur les vagues (principalement en mer). ]

L'absence d'équipier(e) est-elle très handicapante ?
P.V. : Oui, l'équipier ou l'équipière sert à quelque chose en Dart ! Etre deux sur un bateau permet de voir plus de choses et le partage du travail permet à chaque équipier de mieux faire ce dont il est chargé. Le problème le plus ardu sur le Dart solo n'est pas la manoeuvre, puisque qu'on enlève le foc, mais la tactique que le barreur doit élaborer avec beaucoup moins d'informations.
Lorsque j'embarque quelqu'un qui débute complètement, c'est bien sûr plus difficile que d'être seul. Mais dès que l'équipier est autonome (sortir au trapèze et régler le foc), je suis aussi bien qu'en solitaire, et dès qu'il a des notions de la régate (parcours, priorités), je peux lui demander des informations qui vont m'aider.
D'autre part, il reste le problème de la navigation par vent fort, que seul François Morisset est parvenu à surmonter. Dès qu'il y a force 4 ou plus, j'apprécie la présence de l'équipier au trapèze !
F.M. : Oui, car lorsque la navigation ne se déroule pas comme on le souhaite, il n'y a pas de bouc émissaire à bord ! De même, ayant fait ma carrière vélique en tant qu'équipier, il y a bien d'autres fonctions à assumer ou à proposer que de servir de sac de sable au bout d'un câble ! Il ou elle a également deux yeux, deux oreilles souvent un peu plus haut perchés, et autant de neurones que celui qui tient le stick ! Pire encore, si celui qui tient le stick ne se concentre pas à 100% sur la barre, c'est qu'il n'est plus à 100% des possibilités du bateau ! Joël Escarret, célèbre Hobbycatiste, puis Tornadiste, puis ClassAïste a coutume de dire que chaque fois que l'on tourne la tête pour observer le plan d'eau à des fins tactiques, on prend une claque au retour du fait de la baisse des performances en vitesse pure. (Pour le Fun, et afin de travailler la dissociation des mouvements et des reflexes, naviguez en posture ou position différente : barrez sous le vent, dos à la voile, en fermant les yeux, au trapèze sur les mains, sur la poutre arrière...
N'oubliez jamais que le Dart est un bateau fantastique pour ses capacités ludiques : on peut se marrer et chavirer sans risque comme aucun autre catamaran ne le permet !)

En quoi le plaisir de naviguer diffère t-il entre le double et le solo ?
P.V. : Je n'ai pas l'impression que le plaisir soit très différent en double et en solo. Je trouve que la navigation en solitaire par force 2 à 3 prolonge les sensations que j'ai en double par force 4 à 5 : un bateau rapide et plus nerveux, plus réactif. En navigation, je préfère le petit temps à la brise, et je peux sans doute, compte tenu de mon poids, profiter davantage du petit temps en solo qu'en double.
Je peux ajouter quand même que le fait d'être seul est une difficulté supplémentaire amusante quand il fait beau, à apprécier avec modération ! Je vous en reparlerai quand j'aurai essayé le spi en solitaire.
Finalement, en y réfléchissant bien, je pense qu'un autre attrait du Dart solo serait pour moi le fait de ne pas avoir de compte à rendre au malheureux équipier qui m'accompagne sur le bord du facteur. Mais pourquoi donc faut-il lui rendre des comptes, à l'équipier, si ce n'est parce que le barreur a décidé tout seul du bord à tirer ? Ah, si je continue dans cette voie, je vais finir par dire que le Dart solo est la punition des barreurs arbitraires ! Mais non, le Dart solo, ce n'est pas à la place du Dart double, c'est en plus, pour ne pas rater les occasions de naviguer, pour essayer le trapèze, pour faire au moins la première bouée en tête, et j'en oublie...
F.M. : En régate, on ne peut s'en prendre qu'à soi-même, et deux personnes sont rarement de trop pour "tactiquer" et confronter leurs expériences : on s'enrichit toujours au contact de l'autre.
De même, l'Homme étant un animal grégaire, on observe souvent des formations de pontons flottants lorsqu'il s'agit de patienter entre les manches, preuve de nos affinités réciproques. (P.S. pour les indispensables et sympathiques bénévoles des Comités de Courses : envoyez les départs, ne soyez pas plus puristes que le vent et rangez vos comptes et vos calculatrices pour mouiller un parcours, nous nous réunissons sur l'eau pour naviguer, pas pour "poireauter" !).
En ce qui concerne la glisse pure, le but étant la recherche d'un maximum de sensation ou d'atteindre les possibilités maximales de sol ou de la machine, tout dépend du support choisi : la plupart des bateaux sont étudiés pour être manoeuvrés à deux, par contrainte ou par désir des navigateurs, je n'ai pas la réponse, mais il est indéniable que former un équipage pour pouvoir naviguer n'est pas un souci en solitaire. Le Dart lui, est le seul bateau au monde pour lequel la question se pose.
En ce qui me concerne, il faut reconnaître que par rapport à mon gabarit et la surface de voile du Dart, s'éclater pendant une navigation en double impose une force de vent qui se rencontre peu souvent, qui effraie la plupart des navigateurs du dimanche (surtout les portes-monnaies), et qui rendent frileux les Présidents de comité de Course qui se laissent influencer par des provisionnistes qui se bordent, et des idiots de juristes et d'avocats des compagnies d'assurances qui rendent responsables à tort des Présidents de club des déboires de certains navigateurs, qui s'engagent sous leur seule responsabilité. A quand la voile virtuelle avec le risque zéro !

En conclusion cher(e)s ami(e)s : à "Donf", du fun, du fun, du fun !

Pierre VIDAL
François MORISSET